Passer d’une logique de projets à une logique de consolidation des associations : c’est l’un des plus grands défis du mécénat.

Un des plus grands défis du mécénat ? Passer d'une logique de projets à une logique de consolidation des associations.

Beaucoup d’entreprises qui font du mécénat me disent aujourd’hui vouloir mieux accompagner les associations dans un contexte de crise du secteur.

La question revient souvent, et elle est très concrète : comment agir utilement quand les besoins augmentent sur le terrain, que les modèles économiques se tendent et que les équipes associatives sont déjà très sollicitées ?

Il n’existe pas une seule réponse, mais plusieurs leviers peuvent aider les entreprises à orienter leur mécénat vers un soutien plus adapté aux réalités actuelles du terrain.

1. Soutenir les associations sur plusieurs années

Sécuriser une partie de leur trésorerie, faciliter la projection, limiter la recherche permanente de financements et permettre aux équipes de se concentrer davantage sur leur mission.

Accepter parfois de soutenir moins d’associations, mais avec un engagement plus solide dans la durée.

2. Orienter le mécénat vers les frais de fonctionnement d’une association

Reconnaître que la qualité, la continuité et la robustesse de l’action dépendent aussi des équipes, des outils, du pilotage, de la coordination et des fonctions support.
Intégrer que l’impact repose sur une infrastructure associative saine.

3. Contribuer à la mutualisation des fonctions support entre associations

Agir sur la capacité d’action du secteur en aidant les structures à optimiser leurs frais de fonctionnement, et leur permettre de rester concentrées sur leur mission.
Accompagner la mutualisation de certaines fonctions – paie, comptabilité, juridique, SI et outils numériques, communication, achats… – en soutenant une coopération entre associations, mécènes et acteurs publics. Un véritable levier de solidité collective et d’économies pour les monde associatif.

4. Allouer une part de votre budget mécénat aux dons non fléchés

Donner aux associations la latitude d’allouer les ressources là où elles sont les plus nécessaires, selon leurs priorités, calendrier et connaissance du terrain.
Faire confiance à celles et ceux qui savent où se situent les urgences.

5. Alléger les processus

Simplifier les appels à projets, dossiers de candidature et demandes de reporting, pour respecter le temps des équipes associatives, et aussi le vôtre.
Garder du sérieux, du suivi et de l’exigence, sans multiplier les documents peu utiles à la décision ou au dialogue.

6. Accompagner directement les enjeux structurants

Répondre aux besoins liés au modèle économique, à la gouvernance, à la stratégie, à la solidité financière ou à l’accompagnement des dirigeants, dont 40 % ne sont pas en bonne santé mentale (1).
Mobiliser des profils expérimentés via le mécénat de compétences : collaborateurs, managers, membres du Comex ou administrateurs de la fondation.

7. Financer des organisations qui accompagnent les associations

Soutenir des acteurs comme France Active, Avise ou Fonds JOIN FORCES, dont la mission consiste précisément à aider les associations à se structurer, à hybrider leur modèle, à se développer ou à envisager des rapprochements.
Agir sur la solidité du secteur, au-delà des projets que vous financez.

8. A côté du mécénat, acheter des prestations à haute valeur ajoutée auprès des associations

Renforcer le modèle économique d’une association par l’achat de formations, d’études, d’interventions ou de missions de conseil utiles à l’entreprise.
Créer des liens plus larges entre l’écosystème de l’ESS et les directions RH, diversité et inclusion, RSE, communication, marketing ou services généraux.

9. Créer des espaces entre associations soutenues, actuellement ou par le passé

Faire d’un collectif d’associations une opportunité pour rompre l’isolement, partager les expériences et favoriser l’apprentissage entre pairs.
Prendre aussi un rôle de facilitateur de liens.

10. Prévoir l’après-soutien financier

Ne pas considérer la fin d’un financement comme la fin de la relation. Certaines associations peuvent continuer à être accompagnées autrement : mécénat de compétences, mises en relation, dons de produits, solutions numériques, matériel, mise à disposition de locaux ou appui logistique.
Penser la sortie dès le départ, non comme un retrait, mais comme une évolution de la relation en préservant le lien, en prolongeant l’utilité du partenariat et en évitant une rupture trop brutale après plusieurs années de soutien financier.

    Parmi ces pistes, certaines peuvent être activées rapidement.

    D’autres demandent des arbitrages plus profonds sur la mission stratégique de votre mécénat, les modalités de soutien, les habitudes de reporting, la place accordée à la confiance dans la relation avec les porteurs de projet, et la manière de penser l’après-financement.

    Mais elles invitent toutes à se poser la même question : notre mécénat aide-t-il les associations à se renforcer dans la durée, ou finance-t-il surtout une succession de projets ?

    Dans le contexte actuel, cette question devient centrale.

    Une association fragilisée a besoin de financements, de visibilité, de souplesse, de compétences adaptées, de procédures simplifiées et d’un dialogue dans lequel elle peut exprimer ses besoins réels.

    Avez-vous expérimenté d’autres démarches pour mieux soutenir et pérenniser les associations ? Je serais très intéressée de découvrir de nouvelles pratiques concrètes, côté mécènes comme associations.

    (1) Baromètre Ticket for Change, EMLyon business school et Chaire de recherche Malakoff Humanis sur la santé mentale des dirigeants

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